Un conducteur britannique sur deux envisage une voiture chinoise, et la tendance s’accélère
Les marques automobiles chinoises sont de moins en moins perçues comme exotiques en Europe. Une récente enquête menée auprès d’automobilistes au Royaume-Uni montre que 49 % envisageraient au moins un constructeur chinois lors de leur prochain achat automobile. À titre de comparaison, cette proportion n’était encore que de 39 % au second semestre 2025 et de 35 % au premier semestre 2026.
Ce résultat constitue surtout un signal intéressant pour le marché, car il ne concerne pas uniquement les voitures électriques, mais la confiance accordée aux nouvelles marques dans leur ensemble. Une nuance reste toutefois importante : « envisager » ne signifie pas « acheter ». La progression observée en quelques années n’en demeure pas moins remarquable, de 24 % au premier semestre 2023 à près de la moitié aujourd’hui.
Le rapport qualité-prix comme principal argument, renforcé par les remises
Sans surprise, le coût constitue la principale raison. 42 % des personnes interrogées citent le rapport qualité-prix comme première motivation pour envisager une voiture chinoise. Par ailleurs, 24 % s’attendent à des remises particulièrement compétitives.
Cela correspond à la tendance générale du marché européen des voitures électriques : de nombreux acheteurs comparent désormais davantage les mensualités, les équipements et les capacités de recharge que la seule image de marque. Dans les segments où l’autonomie et les temps de recharge convergent, proposer « davantage de voiture pour le même prix » devient rapidement un argument décisif.
Les données des plateformes témoignent également d’un intérêt croissant
Au-delà des résultats de l’enquête, cette tendance se reflète aussi dans les demandes : au cours des sept premiers mois de 2026, les demandes concernant des modèles chinois ont augmenté de 119 % par rapport à la même période de 2025. Dans le même temps, la part des marques chinoises dans les contacts commerciaux enregistrés a atteint 30 % au premier semestre 2026, contre 14 % un an plus tôt.
Il ne s’agit pas encore de statistiques d’immatriculation, mais d’un indicateur avancé pertinent. Une personne qui se renseigne, demande une configuration ou sollicite des offres est généralement bien plus avancée dans son parcours d’achat que quelqu’un qui répond « peut-être » à une enquête.
La notoriété des marques progresse rapidement, BYD reste en tête
Le deuxième grand levier est la notoriété. Davantage de constructeurs sont présents, davantage de modèles circulent sur les routes et leurs noms s’installent dans les esprits. La notoriété de certaines marques a particulièrement progressé en un an, notamment celle de Jaecoo, passée de 46 % à 69 %, ou de Chery, passée de 16 % à 50 %. Omoda a également gagné du terrain, de 42 % à 57 %.
BYD compte désormais parmi les marques chinoises les plus connues au Royaume-Uni : 71 % des personnes interrogées connaissent le constructeur, contre seulement 28 % en 2023. XPeng gagne aussi en notoriété, bien qu’à un niveau inférieur, passant de 8 % en 2023 à 20 %. Parallèlement, la proportion de personnes ne connaissant aucune des marques chinoises citées recule de 23 % à 16 %.
Cette évolution est intéressante dans le contexte de la région DACH — l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse germanophone — car nombre de ces marques y sont déjà actives ou cherchent clairement à se développer en Europe. Le fait que cette tendance se dessine plus rapidement au Royaume-Uni peut donner un aperçu de l’avenir, sans pour autant être directement transposable.
Royaume-Uni contre UE : les droits de douane constituent une différence majeure
L’une des principales raisons pour lesquelles les constructeurs chinois peuvent actuellement plus facilement se démarquer par leurs prix au Royaume-Uni tient à la réglementation. Depuis octobre 2024, l’UE applique des droits compensateurs supplémentaires aux véhicules électriques à batterie fabriqués en Chine, allant de 7,8 % à 35,3 % selon le constructeur. Ils s’élèvent à 17 % pour BYD, 18,8 % pour Geely et 35,3 % pour SAIC.
Jusqu’à présent, le Royaume-Uni n’a pas instauré de droits supplémentaires comparables et, selon les informations publiques disponibles, n’a pas non plus ouvert d’enquête formelle. À court terme, le marché britannique constitue donc un terrain plus favorable à un positionnement tarifaire agressif et à une stratégie de volume rapide.
Quelles conséquences pour les marques établies, Tesla comprise ?
La multiplication des options chinoises dans les présélections accroît la pression sur les constructeurs établis, qui doivent proposer un ensemble convaincant en matière de prix, d’équipements, de garantie, de logiciels et de délais de livraison. Tesla est également concerné, même si la marque conserve de solides atouts en Europe : des groupes motopropulseurs efficients, un réseau de recharge rapide très dense dans de nombreuses régions ainsi qu’un écosystème logiciel qui fait pencher la balance pour de nombreux acheteurs.
Il sera intéressant d’observer dans quelle mesure les marques chinoises diversifieront leurs approches au-delà du prix dans les prochaines années, par exemple avec des plateformes 800 volts ou de nouveaux concepts de recharge et de batterie. Les lecteurs intéressés par les aspects techniques trouveront un bon aperçu dans le comparatif 800 V contre 400 V dans une voiture électrique.
Mise en perspective : l’intérêt ne se traduit pas nécessairement en parts de marché, mais constitue un avertissement clair
Ces chiffres montrent avant tout une chose : pour de nombreux acheteurs, l’origine chinoise semble représenter un obstacle nettement moins important qu’il y a encore quelques années. Sa traduction en un volume significatif d’immatriculations dépendra ensuite de facteurs très concrets : le réseau de concessionnaires, la qualité du service, l’évolution de la valeur résiduelle, le suivi logiciel et, bien entendu, les qualités réelles du produit.
Pour mieux évaluer l’impact des constructeurs chinois en Europe, il convient également d’examiner la présence déjà acquise par chaque marque sur le marché et leurs stratégies de gamme. Parmi les exemples figurent les SUV électriques compacts en Allemagne en 2026, ainsi que des modèles comme la BYD Seal ou le XPeng G6. Ceux-ci ciblent précisément les segments à fort volume sur lesquels se décidaient jusqu’à présent de nombreux achats de modèles européens ou de Tesla.



