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Voitures chinoises fabriquées dans l’UE : le cap du million attendu d’ici 2030

Les marques automobiles chinoises se préparent à produire à grande échelle en Europe, en construisant de nouvelles usines ou en utilisant les capacités disponibles de sites existants. Les analystes tablent sur environ un million de véhicules de marques chinoises produits en Europe d’ici 2030, sous l’effet des futures exigences européennes en matière de valeur ajoutée locale. L’Espagne pourrait notamment devenir le principal site de production, devant la Hongrie, le Royaume-Uni et l’Autriche.

Un million de voitures chinoises produites en Europe : ce qui explique cette prévision

Les constructeurs automobiles chinois ne veulent plus seulement vendre en Europe, mais aussi y produire de plus en plus localement. Les analystes d’un cabinet spécialisé dans la mobilité prévoient que le volume de production des marques chinoises en Europe atteindra environ un million de véhicules d’ici 2030. À titre de comparaison, quelque 90 000 voitures de marques chinoises devraient encore être construites en Europe en 2026.

Cette évolution ne repose pas sur une usine en particulier, mais sur une tendance de fond : l’Europe gagne en importance stratégique comme site de production, car la réglementation, les droits de douane et les mécanismes d’aide rendent la fabrication locale plus attractive. Pour les acheteurs de la région DACH — Allemagne, Autriche et Suisse —, cela compte surtout parce que les chaînes d’approvisionnement, les prix, la disponibilité des modèles et, à moyen terme, les réseaux de service pourraient évoluer.

Les règles européennes comme accélérateur, avec l’Industrial Accelerator Act en ligne de mire

Bruxelles travaille actuellement sur un cadre destiné à renforcer la création de valeur industrielle au sein de l’UE. Le secteur s’attend à ce que ce dispositif débouche sur des quotas et des exigences favorisant de fait la production et les chaînes d’approvisionnement locales, par exemple au moyen de critères concernant l’origine des composants ou de règles applicables aux investissements directs étrangers.

Pour les constructeurs chinois, cela signifie que ceux qui veulent s’implanter durablement et à grande échelle en Europe devront probablement y ancrer une plus grande part de leurs activités, non seulement pour le produit final, mais aussi pour certaines parties de la chaîne d’approvisionnement. La batterie sera particulièrement déterminante, car elle constitue le premier poste de coût d’une voiture électrique et représente une part importante de sa valeur ajoutée.

L’Espagne en tête, devant la Hongrie, le Royaume-Uni et l’Autriche

Selon les analyses, l’Espagne fait clairement figure de favorite pour accueillir de nouvelles capacités de production ou reconvertir des sites existants. Viennent ensuite la Hongrie, le Royaume-Uni et l’Autriche. Les avantages de ces implantations sont évidents : terrains industriels disponibles, ports, réseaux de fournisseurs et volonté politique de créer des emplois et d’attirer des investissements.

Cette offensive industrielle européenne se traduit déjà par plusieurs projets. Chery veut lancer sa production en Espagne dans une ancienne usine, MG construit un site en Galice et Geely mise sur un partenariat pour commencer à produire en Espagne à partir de 2027. De son côté, BYD adopte une stratégie européenne à deux volets et commence par produire en Hongrie, tandis que d’autres options sont à l’étude.

Pourquoi l’Espagne est-elle si souvent citée ?

  • De bonnes liaisons logistiques vers l’Europe et les marchés internationaux grâce aux ports
  • Un savoir-faire industriel et, dans certains cas, des capacités existantes disponibles
  • Un soutien politique à la création de nouveaux emplois industriels

Que signifie réellement « Made in Europe » pour les voitures électriques ?

Le label paraît simple, mais il est complexe en pratique. Si les futures règles européennes accordent davantage d’importance à la valeur ajoutée locale, une simple usine d’assemblage ne suffira plus. Il faudra alors répondre à des questions comme celles-ci : d’où viennent les cellules, où le bloc-batterie est-il assemblé, et où sont produits l’électronique de puissance, les moteurs électriques ou encore les prestations d’intégration logicielle ?

Les constructeurs fortement intégrés verticalement doivent notamment déterminer si une véritable relocalisation est rentable. Pour les voitures électriques, la chaîne d’assemblage final n’est pas le seul facteur décisif : le degré de localisation des composants essentiels compte tout autant.

Simple assemblage ou véritable production : c’est là que réside le risque

Les critiques avertissent que certaines entreprises pourraient se limiter à mettre en place de simples activités d’assemblage dans l’UE, tandis que la majorité des composants continuerait de venir de Chine. Cela déplacerait certes statistiquement la production vers l’Europe, mais pourrait avoir des effets nettement plus limités sur l’emploi et le transfert de savoir-faire.

Les prévisions des analystes supposent toutefois que, d’ici 2030, la production complète l’emportera sur l’assemblage partiel et que cette tendance se renforcera encore jusqu’en 2035. Tout dépendra de la rigueur des règles définitives relatives à la valeur ajoutée et de la manière dont elles seront intégrées aux mécanismes d’aide et aux politiques d’achat.

Conséquences pour les marchés allemand, autrichien et suisse

Si les marques chinoises produisent effectivement en Europe en grandes quantités, la concurrence pourrait sensiblement évoluer. Une production locale accrue peut raccourcir les délais de livraison et potentiellement stabiliser les prix. Dans le même temps, les constructeurs européens seront davantage poussés à réduire leurs coûts et à accélérer leurs cycles d’innovation.

Pour le segment des voitures électriques, l’enjeu concerne aussi les batteries : les entreprises qui développent en Europe la production de cellules et l’assemblage de blocs-batteries réduisent leur dépendance et peuvent plus facilement contourner les obstacles réglementaires. L’essor des batteries LFP en Chine montre à quel point les trajectoires technologiques et les coûts peuvent évoluer lorsque les volumes augmentent. À ce sujet : Marché chinois des batteries : la technologie LFP domine et met la technologie NMC sous pression.

Pourquoi Tesla est aussi indirectement concerné

Tesla dispose déjà d’une production locale en Europe, ce qui lui confère un avantage structurel par rapport aux stratégies reposant exclusivement sur les importations. Si d’autres constructeurs lui emboîtent désormais le pas, « produire en Europe » ne sera plus vraiment un facteur de différenciation, mais deviendra la nouvelle norme. La concurrence se déplacera alors vers les produits, les logiciels, l’efficacité et les prix.

Les remises et les offres de financement proposées sur le marché montrent déjà l’ampleur de la pression sur les prix. Exemple chez Tesla : Tesla Model Y avec financement à 0 % et remise supplémentaire. D’autres marques utilisent également des incitations, comme MG : MG propose un bonus de 6 000 euros pour ses voitures électriques jusqu’à fin septembre 2026.

En bref : l’Europe devient un site de production, et plus seulement un marché

La prévision d’environ un million de véhicules de marques chinoises produits en Europe d’ici 2030 constitue un signal clair : les stratégies européennes deviennent plus matures, plus locales et davantage tournées vers le long terme. La question de savoir si elles déboucheront surtout sur des capacités d’assemblage ou sur une véritable création de valeur dépendra largement des règles européennes définitives et de la part de la production de batteries et de composants qui sera réellement transférée en Europe.

Pour les clients de la région DACH, cela signifie davantage de concurrence, un choix de modèles plus vaste et, à terme, un bouquet de production plus fortement européen, même si les logos des marques restent chinois.

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